Enquête  2013

Le rythme alimentaire : inculcation d’une technique du corps dans les couches supérieures des classes populaires

NOM REVUE /
COLLECTION :
ALISS Working Papers
EDITEUR :INRA
PAGES :38

RESUME

La majorité des Français prend 3 repas par jour à un rythme remarquablement synchrone. Dans cet article nous nous interrogeons sur la façon dont ce rythme alimentaire est transmis aux enfants, par qui, par quels moyens et avec quelle réussite. Nous proposons d’analyser le rythme des repas dans la journée comme une technique du corps au sens de Mauss. Ceci nous permet de mettre en évidence le travail effectué par les parents en direction des enfants pour leur faire acquérir la technique consistant à prendre 3 repas principaux par jour. Cette approche nous conduit aussi à questionner les enjeux d’intégration sociale et de distinction qui se jouent dans les pratiques alimentaires y compris dans leur aspect le plus incorporé, qui consiste à avoir de l’appétit à heures fixes pour des aliments spécifiques. Nous identifions les acteurs mobilisés pour transmettre cette technique du corps : les mères secondées par les pères et parfois le reste de la parentèle, en lien avec les institutions encadrant les enfants dont l’école.

Nous étudions cette question à travers un cas particulier, la prise et la composition des petits déjeuners. L’étude est menée auprès de parents issus des couches supérieures des classes populaires (ouvriers et employés qualifiés). Nous avons réalisé une quinzaine de monographies de familles, par des entretiens avec des parents d’enfants de moins de 10 ans (entretien semi-directif) ainsi qu’avec leur conjoint et dans la mesure du possible au moins un des ascendants. Nous mobilisons également l’Enquête individuelle sur les consommations alimentaires de 2006 (INCA2, réalisée par l’AFFSA-ANSES, 3804 individus notent la composition de leurs repas pendant 7 jours). Nous montrons que faire prendre un petit déjeuner aux enfants est une norme admise, qui renvoie à la volonté d’intégration sociale des familles. La composition du petit déjeuner ouvre en revanche un espace de différenciation des pratiques selon la position sociale. De ce point de vue les franges supérieures des classes populaires, dans une position ambigüe vis-à-vis des prescriptions nutritionnelles, oscillent entre des pratiques bien ancrées dans la culture populaire (café sucré pour les adultes) et leur volonté de transmettre un modèle légitime de petit déjeuner plus  » complet  » à leurs enfants. Les moyens qu’ils déploient en ce sens dépendent tout à la fois des trajectoires sociales des deux conjoints et, dans une grande mesure, du soutien qu’ils obtiennent de leur parentèle.

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