Article  2009

« Faire régime » : approches différenciées d’une pratique corporelle en milieu populaire

AUTEUR(S) :
NOM REVUE /
COLLECTION :
ALISS Working Papers
EDITEUR :INRA
PAGES :19

RESUME

Dans les pays développés, l’obésité est inversement associée avec la catégorie socioprofessionnelle, de même que les pratiques de contrôle du poids. Ce constat est étayé par une abondante littérature, mais celle-ci n’aborde pas en détail la question des méthodes de régime mises en oeuvre. L’article s’appuie sur les résultats d’une enquête qualitative menée par observation et entretiens auprès des participantes à une action d’éducation alimentaire dans le Nord de la France, où la prévalence de l’obésité est la plus forte. Nous montrons que la définition dominante du régime, y compris celle utilisée dans les enquêtes statistiques demeure assez éloignée des pratiques réelles. Parmi les femmes des milieux populaires coexistent des conceptions multiples de la démarche de perte de poids, qui s’expriment notamment dans le recours à différents types de professionnels (médecine/nutrition/groupes d’autosupport/autres), de produits (à ingérer sous forme liquide ou solide, à porter ou appliquer sur le corps), ou de techniques (corporelles, diététiques, culinaires). Ces différences se comprennent vis-à-vis des cultures somatiques propres à chaque fraction de classe, qui reproduisent en leur sein des différences plus générales relatives à la maladie, à la santé et à l’alimentation, qui clivent les groupes sociaux. Elles renvoient à un effet d’appartenance de classe et de fraction, et sont renforcée par un effet de trajectoire sociale, notamment lorsque la mobilité sociale des filles intervient à titre de socialisation inversée dans l’encouragement des mères à adopter leur propre norme de corpulence. A ces facteurs s’ajoute la dimension des relations familiales. A situation conjugale proche (familles monoparentales), c’est moins le statut marital qu’il importe d’observer que la force des liens familiaux. Ces résultats conduisent à s’interroger sur les conditions de possibilité de mise en oeuvre d’une politique nutritionnelle à grande échelle.

ABSTRACT

In developed countries, obesity is inversely associated with socio-professional categories, as are practices to control body weight. There is much literature to support this claim, although it does not address in detail the question of the methods used to diet. This article draws on the results of a qualitative investigation using observation and interviews with the participants of a food education programme in the north of France, where obesity is most prevalent. We will show that the dominant definition of dieting, including the one used in statistics surveys, remains somewhat far from actual practices. Among working-class women, numerous conceptions coexist with regard to the process of losing weight, shown in their turning to different kinds of professionals (doctors/nutritionists/self-help groups/others), products (to be taken in liquid or solid form, to wear or apply to the body) and techniques (physical, dietary or culinary). These differences may be understood with regard to the somatic cultures particular to each subdivision, which each reproduce the more general differences dividing social groups regarding disease, health and nutrition. They reflect an effect of belonging to a class and subdivision, and are reinforced by the effects of social trajectory, notably when the social mobility of daughters acts as inverse socialisation in encouraging their mothers to adopt their own standards for body weight. Domestic relationships are another dimension to be added to these factors. In single-parent households, it is not so much marital status that counts but rather the strength of family ties. These results lead us to call into question the possibility of implementing a policy for nutrition on a large scale.

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